Marie Vialle pour "La Rive dans le noir"

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Tout débute par une disparition, celle d'une femme, Carlotta, qui emporte avec elle un mouvement qu'on ne pourra plus montrer, des voix qu'on ne pourra plus entendre. La perte irrémédiable et le manque qui s'ouvre produisent bientôt un geste : l'écriture. La question « Où es-tu ? » ne pouvant plus se dire, l'écrivain décide de livrer ce qui blesse son âme à celle qui sait le lire : la prêtresse, celle qui chante, celle qui danse, celle qui vit hors du temps. Pour apaiser les morts et bercer les vivants, ils entrent ensemble sur la rive des ombres. Là, les animaux sont rejoints par les hommes, les chants deviennent sauvages, les touches d'un piano poussent des ululements, le regard d'un rapace convoque une peur d'enfant. De possessions en métamorphoses, tour à tour maîtres et assistants, Marie Vialle et Pascal Quignard rappellent des disparus, visitent des peines et des zones primitives où le langage n'est plus seulement articulé, où la musique n'est plus seulement sonore, où le jour et la nuit ne sont plus des repères. Par les moyens du rêve et dans l'obscurité, l'auteur et la comédienne éveillent des sens que la mémoire voudrait croire oubliés mais que le coeur reconnaît : ils reviennent d'un ailleurs, du temps d'avant la lumière.