Le Festival d’Avignon, membre du Syndeac, est pleinement mobilisé pour demander un moratoire sur les baisses annoncées pour l’année 2026, et défendre la place de la culture à hauteur de 1% du budget de l’état en 2027.
Chaque été, depuis près de 80 ans, le Festival d’Avignon peut proposer au public un programme riche en créations dans les domaines du théâtre, de la danse, du cirque grâce à son association avec de multiples partenaires de l’ensemble du pays, lieux subventionnés, labellisés, théâtres nationaux, compagnies.
Fragiliser cet écosystème national, c’est fragiliser les conditions dans lesquelles ces spectacles seront présentés au festival, et malgré la visibilité qui leur est offerte et leur succès public, c’est aussi réduire leur capacité à être diffusés largement dans toute la France, faute de moyens suffisants des lieux pour les accueillir.
L’art et la culture sont des composantes structurantes de la société, les festivals et lieux de spectacles vivant créent de l’emploi, de l’activité économique, accroissent l’attractivité d’un territoire, ont une mission d’éduc ation et de cohésion sociale, et leurs salles sont pleines.
Le Festival d’Avignon est une agora, et prône le dissensus et la complexité comme richesse de la pensée. Alors que de nombreux élus et élues, futurs candidats et candidates aux élections présidentielles viennent prendre part aux débats et rencontres organisés, le Festival réaffirme auprès d’eux sa conviction fondatrice : la culture doit peser dans un projet de société fort, émancipateur et citoyen.
« Culture partout, 1% obligatoire » du Syndeac (syndicat national des entreprises artistiques et culturelles)
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Lettre au Président de la République
12 juillet 2026 – Cour d'honneur du palais des Papes – 80e Festival d'Avignon
Monsieur le Président,
Nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons aujourd’hui pour le théâtre, la danse, le cirque, la musique, la marionnette, la performance, qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite.
Monsieur le président, à l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier, tant il y a urgence.
Monsieur le Président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables. Un budget est un moyen, il ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible.
Monsieur le président, aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’État, soit 14€ par habitant et par an d’art et de culture. Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit et détruire avec une telle violence les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.
Monsieur le président, des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, des lieux contraints de renoncer à leurs missions… Est-ce ce paysage de ruine que vous voulez laisser derrière vous ?
Monsieur le président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’état. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.
Monsieur le président, vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur économique, nourrit l’esprit critique et fait vivre le dissensus, condition même de toute démocratie.
Monsieur le Président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit.
Monsieur le président, l’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’État les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la culture sur l’ensemble du territoire.
Monsieur le président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous.